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24.02.2010

Le respect de la loi?

Le jeudi 18 février 2010, de nouvelles et lourdes condamnations ont été prononcées par un tribunal d'exception de l'État français contre des Résistants basques. Dans l'absolu respect de la loi française, comme hier pendant la Guerre d'Algérie, comme du temps du nazisme sous Vichy.

Txalaparta
Au nom du Peuple français, en leur âme et conscience, des juges français ont condamné la semaine passée des militants basques à l'issue d'un procès que n'aurait pas renié une république bananière.

C'est bien à un procès politique auquel nous avons assisté la semaine passée. Du début à la fin, de la lecture de l'ordonnance de renvoi jusqu'au verdict, en passant par toutes les interventions des juges, Avocat général, policiers et autres représentants de l'État français. Cela transpirait dans chacune de leurs intervention. Que le Tribunal refuse de le reconnaître, cela ne transforme pas la réalité. Pour les militants accusés c'était clair, et Alaitz Areitio, Maite Juarros et Igor Igartua ne se sont pas privés de le mettre en évidence chaque fois que l'occasion leur a été donnée de s'exprimer.
Cette hypocrisie de ceux qui parlent et/ou jugent au nom du Peuple français est d'autant plus écœurante qu'elle est la règle pour chacun des procès où des résistants basques sont impliqués. S'abriter derrière une prétendue application de la loi pour fuir la réalité et les responsabilités qu'elle induit ne peut faire longtemps illusion.

Le 28 octobre 2004, il y a presque 6 ans, deux gendarmes en motocyclette se lancent à la poursuite d'une voiture ayant deux femmes à bord. Maite est la conductrice, Alaitz est la passagère. Alaitz tire en direction des gendarmes durant la poursuite. Un gendarme tire en direction des deux femmes. La voiture finit par s'arrêter, les deux occupantes tentent de fuir à pied. Maite est stoppée par un roncier et arrêtée. Alaitz réussit à s'échapper et ne sera arrêtée que près de 3 ans plus tard le 7 juin 2007.

Ce sont là les faits que personne ne conteste. Ensuite, c'est toute autre chose car il y a deux versions des évènements.
- Selon les gendarmes Alaitz aurait tiré à plusieurs reprises (4 fois pour l'un, 3 fois pour son collègue qui n'aurait pas été en position de pouvoir voir le tir) dans l'intention d'atteindre l'un d'eux afin d'obliger l'autre à lui porter secours et interrompre ainsi la poursuite. Maite aurait aidé en cela sa compagne en conduisant (à grande vitesse et de façon experte) le véhicule, voire à l'arrêter, de façon à permettre à celle-ci de tirer dans les meilleures conditions. Leur tir en direction des fugitives était un simple tir de sommation, au-dessus de leur tête et ne pouvait pas les atteindre
- Alaitz reconnaît avoir tiré une fois, mais sans aucune intention de tuer ni même de blesser, simplement en espérant faire peur aux poursuivants pour leur faire abandonner la poursuite.
Maite confirme ce qu'elle a toujours reconnu: avoir été suffisamment occupée par la conduite pour ne pas s'occuper de ce que faisait sa passagère.
Peut-on dire pour autant que deux versions s'affrontent, celle des gendarmes d'un côté, celle des deux militantes de l'autre? Pas exactement, car dès l'instruction, c'est la version des deux gendarmes qui est retenue et c'est celle qui sera la référence pour le tribunal tout au long des "débats", jusqu'au verdict.

Pourtant beaucoup d'éléments posent question, c'est le moins qu'on puisse dire
- Les forces de l'ordre françaises ne sont pas une cible revendiquée par ETA et les arrestations de militants n'entraînent pas d'échanges de tir, sauf cas tout à exceptionnel, et les évènements de ce jour-là n'avaient rien d'exceptionnel. Contrairement à ce qu'a voulu faire croire l'Avocat général quand il déclare que, dans un recueil d'instructions attribué à ETA, on trouve la mention "ne pas leur faire de cadeau" à l'adresse des forces de l'ordre françaises, cela ne concerne pas les arrestations. En outre si ceyye consigne s'était appliquée aux arrestations ,on en aurait vu très vite les énormes conséquences. La version du "tirer pour tuer" des gendarmes est-elle crédible quand est affirmé dans le même temps le caractère très discipliné des militants d'ETA ?

- Selon les gendarmes eux-mêmes, toutes les conditions étaient réunies : formation aux armes, meilleures positions de tirs, nombre de tirs,…..). Comment concilier cela avec le fait qu'ils n'aient pas été atteints si la volonté des deux militantes avait été de tuer?

- . Comment admettre qu'on profite du silence des accusées pour leur attribuer des pensées? Comment accepter que l'imagination des gendarmes, les pensées qu'ils ont attribuées aux deux militantes basques, soient transformées en certitudes par l'Instruction, le parquet, le tribunal?

- Une reconstitution a eu lieu. Les emplacements des tirs présumés, identifiés; les trajectoires validées par les experts. Certes les sites n'ont pas été "gelés", mais aucune balle, aucune douille n'a été retrouvée, à aucun endroit. Et pourtant les recherches ont été renouvelées. En vain.

- Il y avait des témoins au moment de certains présumés coups de feu. Ils n'ont rien entendu. Pourtant certains d'entre eux se sont souvenus avoir entendu les deux motocyclistes communiquer entre eux..

- Maite, présentée comme une championne de rallye automobile, n'avait pas obtenu depuis très longtemps son permis, mais surtout, elle l'avait passé cinq fois pour la conduite, sans succès.

- Comment se fait-il que les témoignages des gendarmes se transforment au cours du temps? "Braqué" par Alaitz, dans une première déclaration, Alaitz aurait tenu l'arme "le long de sa cuisse" dans une autre?

- Comment se fait-il que les témoignages des gendarmes se précisent avec le temps?

Ces questions, visiblement la justice française ne se les pose pas et en tout cas n'en tient aucun compte.

Mais pourquoi un Avocat général se poserait-il ce genre de question? Lui qui a réussi à faire condamner à perpétuité un autre prisonnier politique, corse celui-là, sans la moindre preuve, sur la seule base du témoignage de personnes s'étant rétractées par la suite?
Autant les Avocates ont été mesurées dans leurs intervention tant au niveau du ton qu'au niveau du contenu, autant Jean-Claude Kross a donné de la voie et du geste tout particulièrement dans son réquisitoire.A l'écouter, comme à écouter l'avocat des Paries civiles avant lui, on se demande comment ces deux gendarmes ne sont pas couverts de médailles. S'adressant aux accusées, il leur déclare que si elles sont là aujourd'hui, c'est grâce aux deux gendarmes et que, comble de l'ignoble, elles auraient du avoir une" mort légitime". Mort légitime!

Visiblement, le véritable contre-interrogatoire auquel Igor Igartua, s'est livré avec l'un des témoins-policiers a eu du mal à passer. Pourtant Igor n'a fait que faire apparaître les "oublis", les "silences", les contre-vérités dans la déclaration du témoin. Citer les victimes des Gal "oubliées" par le témoin qui a parlé longuement des victimes d'ETA durant le conflit, ce n'est pas se renvoyer les morts à la figure, c'est seulement dire la vérité, toute la vérité, Mr Kross.

Avant le délibéré c'est Igor qui a fait une dernière déclaration:

"Ça fait des mois qu'a disparu le citoyen basque Jon Anza..

Le 18 avril 2008, des agents espagnols ont séquestré le citoyen basque Jon Anza. Des agents espagnols en territoire français en étroite et constante collaboration avec des agents français.

Jon Anza a été séquestré, torturé, assassiné, et son corps enterré quelque part sur le territoire français.

Jon Anza, militant d'ETA ne gagnait pas sa vie en pratiquant la lutte armée. Les militants d'ETA ont des professions et des activités comme… ingénieur de télécommunications…Les militants d'ETA ne gagnent pas leur vie en pratiquant la lutte armée.

Jon Anza un militant comme d'autres qui sacrifient leur vie.

"Agur eta ohore, JonAnza!"

(Aucune protestation de la part du tribunal, si prompte à réagir à haque intervention des accusés malgré la gravité et la précision des affirmations. Pas un mot, pas un geste). Igor poursuit:

"Il est extrêmement difficile, et pratiquement impossible, à croire, qu'une institution ou une autorité nous empêche de nous exprimer dans notre propre langue. Dans la langue qui nous sert le plus et dans laquelle nous communiquons le mieux.
Impossible de croire qu'une institution ou une autorité qui nous empêche de nous exprimer dans notre propre langue ait l'intention de nous écouter et de comprendre ce que nous disons.
Impossible de croire qu'une institution ou une autorité qui nous empêche de parler notre langue soit disposée à avoir un dialogue sincère avec nous.
L'Euskara, la langue des Basques, la langue vivante la plus ancienne d'Europe, reconnue par l'UNESCO patrimoine de l'humanité. Un trésor culturel"

*
* *

Alaitz a été condamnée à 17 ans de réclusion (20 demandées par l'Avocat général), Maite à 13 ans (13à 15 ans demandées) et Igor à 8 ans (6 à 8 demandées).

Michel Combes
 
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