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08.02.2010

"D'abord nous voulons dire que nous n'acceptons pas d'être jugés."

Le Tribunal Correctionnel de Paris s'est réuni le 28 janvier 2010 pour condamner deux résistants basques d'ETA, Zigor Merodio et Kizkitza Gil de San Vicente. Les deux militants, tout en refusant de répondre aux questions qui leur étaient posées, sont intervenus à de nombreuses reprises. Voici la déclaration faite par Kizkitza

Txalaparta
D'abord nous voulons dire que nous n'acceptons pas d'être jugés.
On sait tous, qu'en jugeant des militants d'ETA on juge des militants politiques. Juger la militance politique répond à un choix clair: Celui du refus de répondre, par des voies démocratiques et par la négociation politique, au conflit politique que la France a avec le Peuple basque. Mais c'est un mauvais choix, cela ne fait que nous éloigner du règlement du conflit.
Nous sommes donc aujourd'hui, face a un procès de guerre, et soyons clairs, ce qu'on punit ici, c'est cette ample dynamique de résistance qui a su porter jusqu'au XXIème siècle le Pays Basque en tant que nation. En nous punissant, on punit toute cette résistance, ainsi que les dynamiques qui ont fait qu'en ce début du XXIème siècle le Pays Basque soit une réalité culturelle et politique.
Les procès judiciaires ne sont que le moyen d'approfondir la voie répressive en dénaturant le caractère politique et positif du mouvement de libération national basque. Abandonner !a voie judiciaire vous mettrait face à une vérité nue : en ce début du XXIème siècle, une majorité de !a société basque se considère basque et conçoit son avenir collectif et individuel au sein d'un Pays Basque souverain et libre. Encore plus, cette répression et cette négation qui durent depuis des siècles n'ont pas réussi à entamer le désir que porte cette large majorité et que la société basque a été, est et sera, capable de bâtir un avenir et d'agir de manière constructive. En dépassant les obstacles nous sommes arrivés à créer un projet de futur qui s'appelle: EUSKAL HERRIA.
Notre peuple va de l'avant, et c'est peut-être pour cela que nous nous retrouvons avec cette vérité qui devrait faire honte aux autorités françaises et espagnoles.
Même si l'on se refuse à l'accepter, l'activité politique et militaire d'ETA n'est qu'une des expressions de cette dynamique.
C'est le mouvement de libération qui crée ETA.
ETA alimente le processus de libération.
C'est !a réalité du Pays Basque qui crée ETA, et ETA maintient le Pays Basque en vie.
Ce n'est pas ETA le problème. Le problème est qu'au sein de l'Europe occidentale, il y a un peuple qui se bat pour son autodétermination. Une nation qui fait trembler la structure interne de deux états.
Mais dans tout cela, le plus douloureux n'est pas ce que nous allons recevoir comme condamnation. C'est ce que révèle l'existence même du procès: c'est la constatation du manque de volonté de la part des autorités politiques françaises et espagnoles pour résoudre ce contentieux d'une manière démocratique.
Le Pays Basque et ETA ont pu vérifier, depuis longtemps, ce manque de volonté.
En 1978, 63% de la population du Pays Basque Sud a refusé la constitution espagnole. C'est à dire que le Pays Basque a dit non au principe sur lequel s'est fondée la transition postfranquiste. L'État espagnol a répondu par la militarisation, la répression et la menace par le coup d'état de 1981.
Le Pays Basque suit son chemin. En 1986 il vote non à l'OTAN, la gauche patriotique réussit des très bons scores. En 1987 elle obtient un siège dans le Parlement européen, et en 1989 ont eu lieu les conversations d'Alger entre ETA et le gouvernement espagnol avec un cessez-le-feu de la part d'ETA. Ces conversations échoueront à cause de la nulle volonté du gouvernement espagnol de débuter une solution politique. La réponse de l'État espagnol a été la répression et l'assassinat en 1989 du député Josu Muguruza dans un attentat contre le groupe des députés basques au parlement de Madrid.
En 1995 ETA fait une nouvelle proposition pour la résolution du conflit: l'Alternative Démocratique. Elle dit qu'on doit accorder au Pays Basque l'autodétermination et reconnaître sa territorialité. Elle revendique que c'est au Pays Basque de décider de son avenir. C'est aux états d'accepter ces droits démocratiques. ETA se montre comme un agent qui soutiendra ce processus.
Connaissez-vous la réponse du gouvernement espagnol à cette main tendue? !l a ordonné l'arrestation et l'incarcération de tous les dirigeants politiques de la gauche patriotique accusés de transmettre cette proposition.
En 1998 a lieu la proclamation de Lizarra Garazi. 25 organisations politiques, la majorité politique et syndicale de notre peuple, revendiquent une sortie démocratique pour mettre fin au conflit, c'est-à-dire, l'initiation d'un processus démocratique qui aura comme base le droit à l'autodétermination, et demandent !a mise en place d'une négociation politique. Dans ce contexte ETA proclame un cessez-le-feu. La réponse du gouvernement espagnol? Renforcer la répression- judiciaire et politique contre tout ce qui touche à la gauche patriotique et ce qui indique l'identité basque. En 2002 l'État espagnol met en marche une folie répressive inconnue en Europe et qui est toujours en vigueur: la loi des partis politiques. Loi qui a permis l'illégalisation de plusieurs partis politiques de la gauche patriotique, des organisations de jeunes, des organisations sociales, trois journaux, nombreuses associations. Une folie qui nous fait dire qu'aujourd'hui le Pays Basque vit sous une dictature; qu'il est gouverné par des institutions illégitimes et qu'il vit dans un état d'exception"
Malgré cela, le Pays basque suit son chemin, les dynamiques politiques et sociales réussissent à exister et le désir de règlement démocratique s'affermit. En 2004; à nouveau, ETA confirme publiquement au gouvernement espagnol sa volonté à mener à bien des négociations. Cette même année !a gauche patriotique fait une nouvelle proposition pour le règlement du conflit Le Mouvement de Libération Nationale, comme il l'a fait historiquement, continue à montrer sa volonté et fait des propositions pour une sortie démocratique du conflit. La réponse? Des arrestations indiscriminées au Pays basque, des rafles significatives en France contre ETA et un tour de vis supplémentaire dans le piétinement des droits civils et politiques
Entre-temps l'État français continue à collaborer avec le gouvernement espagnol et refuse de répondre à ce qu'une majorité lui réclame: la reconnaissance politique et institutionnelle; ainsi que l'acceptation des droits politiques et culturels du Pays Basque Nord. Le PSF avait en 1981 rédigé un projet de loi en faveur du Département basque, mais à partir de 1984 Mitterrand s'oppose au Département et intensifie la collaboration répressive coude à coude avec le gouvernent espagnol. En 1996, 64% des maires du Pays Basque nord se montrent en faveur du Département Pays Basque. En 1998, cent mairies se montrent en faveur de l'autonomie. Batera réussit à récolter 33.000 signatures en faveur d'un référendum pour le Département Au jour d'aujourd'hui Ii existe un ample mouvement politique et social qui exige la reconnaissance politique et institutionnelle pour le Pays Basque. Quelle est la réponse de la France à cette demande? Dans son projet de restructuration territoriale elle réduit encore plus les compétences et nie totalement l'existence au Pays 8asque.
Le processus de négociation qui a eu lieu de 2005 à 2007 a suivi deux voies: celle d'ETA et du gouvernement espagnol, et celle qui s'est faite entre les partis politiques basques. Grâce à la complémentarité de ces deux voies, nous sommes arrivés à mettre en forme un processus de résolution qui prenait en compte le droit à décider et la territorialité de notre peuple. En plus du soutien de la majorité sociale basque, nombreux agents internationaux l'ont applaudi. Kofi Annam, Jacques Chirac parmi les présidents européens, ainsi que le parlement européen. Ce processus de négociation qui date de moins de trois ans s'est déroulé sous les auspices de deux gouvernements européens et avec la médiation d'une organisation de niveau international. Même si cela peut paraitre invraisemblable !e gouvernement espagnol a refusé ces conditions et ce soutien. Encore une fois il n'a eu ni !e courage ni la volonté politique nécessaires pour, une fois pour toutes, tourner la page de ce conflit qui est douloureux pour tous. La situation après cet essai est assez connue de tous: presque tous ceux qui au nom d'ETA et de la gauche patriotique ont pris part à ces négociations sont incarcérés et la guerre ouverte contre l'identité basque a été déclarée. Mais s'il y a quelque chose que ce long chemin nous a montré, c'est qu'il est possible d'avancer et qu'il n'y a qu'une seule sortie: l'accord politique qui acceptera ce que le peuple basque décidera démocratiquement,
Le pays basque ne reculera pas; nous ne reculerons pas. Et nous continuerons avec toutes nos forces à assurer la pérennité et le développement de notre peuple, à bâtir le projet collectif qui assouvira les besoins collectifs des hommes et des femmes basques.
Le Pays Basque ne reculera pas, ETA ne reculera pas. Nous continuerons à nous battre, de toutes nos forces, jusqu'à obtenir le scénario-politique qui amènera la paix.
Les agents politiques espagnols et français savent que cela est juste et faisable et c'est pour cela qu'ils ont peur. Nous disons qu'Il est faisable parce que Euskal Herria est une nation et parce que l'Europe du XXI siècle sera bien l'Europe des nations.
C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le mouvement de lutte que nous les prisonniers basques sommes en train de mener. En ce moment nous, les 756 prisonniers basques, sommes en grève de la faim.
Nous, voulons manifester que nous sommes une des conséquences du conflit politique qui met face à face les États espagnol et français, et Euskal Herria, ayant été faits prisonniers à cause de notre engagement politique en défense du Peuple basque et pour la libération de notre Patrie.
Donc, cette situation particulière qui concerne les citoyens basques incarcérés devrait être reconnue officiellement, car, de fait, elle est la conséquence claire et nette du conflit politique, puisqu'en accord avec les normes internationales, est prisonnier politique "toute personne détenue pour son opposition active à un système de gouvernement ». Et en plus, que nous soyons considérés officiellement comme prisonniers politiques serait un pas en avant vers une solution démocratique du conflit politique.
Par conséquent, nous réclamons, en accord avec les Traités internationaux en la matière, la reconnaissance du STATUT DE PRISONNIERS POLITIQUES y compris:
*le regroupement et le rapatriement au Pays Basque
*le droit à nous organiser en tant que collectif
*la reconnaissance des interlocuteurs nommes par notre collectif
*le droit à communiquer en liberté avec les agents syndicaux, sociaux, culturels et politiques basques
*le droit à vivre en notre langue nationale, l'euskara

 
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